Mon microbiote et moi

Mon microbiote et moi

C’est quoi le microbiote

Qui n’a pas entendu parler du microbiote ou flore intestinale. Depuis le succès retentissant du livre de Giulia Enders « Le charme discret de l’intestin » et les nombreuses avancées scientifiques en cours, c’est le sujet qui captive les foules. Le microbiote intestinal est l’ensemble des micro-organismes ou microbes qui peuplent notre intestin. Il existe des bactéries bénéfiques et pathogènes. Un microbiote diversifié comporte davantage de bonnes bactéries que de pathogènes. Il est essentiel de maintenir cette bonne diversification. En cas de microbiote appauvrie, les pathogènes prennent alors la place laissée vacante par les bactéries bénéfiques et entraine une baisse d’immunité.

Nos hôtes

Nous hébergeons en effets des milliards de micro-organismes dans notre intestin. L’équilibre de cette population microbienne est déterminant pour notre santé. Elle régule en effet l’ensemble de notre organisme. Cet équilibre reste fragile et peut être affecté par différents facteurs comme une alimentation inappropriée, du stress, une consommation excessive de médicaments, certaines maladies ou encore l’âge.  Ces micro-organismes sont au nombre de 100 000 milliards. C’est-à-dire environ trois fois plus que le nombre de cellules humaines, d’après les dernières études. Ils représentent un poids d’environ 1 à 2 kilos. La diversité bactérienne est impressionnante puisque plusieurs centaines d’espèces sont déjà répertoriées. Certains chercheurs estiment qu’il en existe au moins 1 million d’espèces de bactéries. Les recherches ont montré que les bactéries sont des êtres vivants qui respirent. Elles sont formées d’une seule cellule dépourvue de noyau avec un ADN qui n’est donc pas protégé. 

La dysbiose

En cas de déséquilibre, on parlera de dysbiose intestinale. La dysbiose est à l’origine de nombreuses maladies. Une dysbiose est favorable au cancer https://laurenceguillon-naturo.com/accompagner-le-cancer-par-des-moyens-naturels/, à l’autisme, à l’obésité et à de nombreuses maladies chroniques. Les conséquences impactent également le cerveau car les pathogènes passe la barrière hémato encéphalique. Cela explique qu’un certain nombre de dépressions pourraient être améliorées ou même soignées en s’occupant de l’intestin.

Le problème des antibiotiques

Les antibiotiques perturbent nos bactéries. Trop d’antibiotique occasionne des résistances car le spectre n’est pas forcément précis. Après une prise d’antibiotiques, il y a ce qu’on appelle une résilience du tube digestif. C’est-à-dire que le système digestif au bout de quelque temps retrouve son équilibre. Or, quand les antibiotiques sont dispensés à un enfant dont le tube digestif n’est pas mature, celui-ci risque fort d’avoir une dysbiose à vie, la résilience ne se faisant pas totalement. De même lorsque les antibiotiques sont consommés en excès et de manière récurrente.

La composition du microbiote

Le microbiote comprend différentes espèces :

Des espèces dominantes, acquises au moment de la naissance. Elles représentent environ 90 % de la flore. Elles ont un rôle de contrôle sur les autres espèces, afin que celles-ci ne se développent pas exagérément. Ces espèces se nomment clostridium, Eubactérium, Fæcalibactérium, Bactéroïdes et Bifidobactérium.

Des espèces sous-dominantes ou rares. Ces espèces doivent rester en quantité mineure. En font partie, Streptococcus, Escherichia coli et Enterobacteriaceae.

Des espèces transitoires ou fluctuantes. Elles comprennent différentes bactéries comme le Staphylococcus ou des champignons et levures comme le Candida.

Chaque individu possède sa propre flore, qui sera composée en fonction de différents paramètres, alimentation, mode de naissance, zone géographique …

La localisation

Ces espèces sont réparties sur l’ensemble du tractus digestif avec une concentration maximale au niveau du côlon. Il y en a assez peu au niveau de l’estomac. En effet, l’acidité de l’estomac rend ce milieu hostile. Seul, Hélicobacter pylori prend ses quartiers dans l’estomac. Cette bactérie est hyper résistante et secrète en effet une enzyme qui neutralise les sucs gastriques.

La partie supérieure de l’intestin correspondant au duodénum et au jéjunum est pauvre en bactéries car il subsiste encore de l’acidité. On trouve également un grand nombre de bactéries dans la lumière intestinale et au niveau de la muqueuse.

Les nombreux rôles du microbiote

Participation à la physiologie intestinale

Le microbiote participe à la physiologie de l’intestin. Il contribue à une bonne épaisseur de la muqueuse, à la taille des villosités et à une bonne surface d’absorption. Les entérocytes, cellules intestinales se renouvellent en moyenne tous les trois à quatre jours grâce au microbiote. Le transit est également favorisé par cette flore microbienne. Les bactéries doivent impérativement rester dans le tube digestif au risque de devenir délétères. Des barrières physiques et chimiques sont prévues à cet effet.

Cohabitation avec le système immunitaire

C’est notre intestin qui abrite 80 % de notre système immunitaire. Ce qui explique aisément que lorsque notre intestin n’est pas au mieux de sa forme. Notre immunité est alors en baisse, et à nous, virus, bactéries et autres micro-organisme pathogènes.

Un merveilleux système de défense

Avant d’aller plus loin, il est important de rappeler que notre muqueuse intestinale sert de barrière entre l’intérieur et l’extérieur de notre corps. Le Docteur Richard Haddad, spécialiste du microbiote compare notre système de défense à un château fort. Je me permets de reprendre son image que je trouve très pertinente. Pour lui, il existe 4 systèmes de protection. 

Le mucus

C’est une sorte de substance visqueuse et translucide, secrétée par les muqueuses internes pourrait être assimilé aux douves du château fort. C’est le premier système de protection. La couche de mucus forme une barrière physique entre la muqueuse intestinal et son contenu. Il contient une protéine, la mucine qui joue un rôle important dans la réponse immunitaire. Elle diminue les substances inflammatoires et limite le développement des maladies auto-immunes.

Les bactéries

C’est le deuxième système. Ce serait comme une armée chargée de reconnaître et de détruire les pathogènes. Chacune possède un rôle bien défini.

Les entérocytes

Les cellules de l’épithélium intestinal sont le troisième système protecteur. Leur rôle est d’établir une muraille solide et imperméable. Ces cellules, quand tout va bien constituent un rempart puissant. Les jonctions serrées jouent ce rôle, sauf en cas d’hyperperméabilité intestinale. Dans ce cas l’intestin ressemble à une véritable passoire https://laurenceguillon-naturo.com/lhyperpermeabilite-intestinale/.

Le tissu lymphoïde

Enfin le quatrième et dernier système de protection est représenté par le tissu lymphoïde contenant les globules blancs, lymphocytes T et B et les macrophages. On pourrait le représenter comme un donjon inattaquable. Les globules blancs sont chargés d’assurer notre défense. Ils identifient et détruisent les agents pathogènes. C’est pourquoi, en cas d’infection, leur taux augmente, ils sont sur le pont pour nous défendre.

Equilibre et cohabitation

C’est donc tout un système de reconnaissance, de contrôle, d’équilibre et de cohabitation qui est mis en place. La muqueuse intestinale est par conséquent en grande partie responsable de notre bonne santé. Les chercheurs pensent que 90% des maladies sont liées à une perturbation du microbiote intestinal.

Synthèse acides gras à courte chaine

Ces acides gras sont essentiellement produits au niveau du côlon par les bactéries. Ils sont le produit de fermentations des fibres végétales (ou amidon résistant), qui ne sont pas digérées dans l’intestin. En revanche, ces fibres servent de substrat aux cellules du côlon. Elles ont donc un rôle essentiel. Les principaux acides gras à chaine courte sont l’acétate, le propionate et le butyrate. Ils sont utilisés comme source d’énergie pour les cellules intestinales. Le butyrate a des effets anti-inflammatoires. Il joue un rôle important dans le système immunitaire et il protège du cancer colorectal. Il influence par ailleurs la production de sérotonine. L’alimentation a un rôle clé puisque c’est à partir de la consommation de certains aliments que seront fabriqués ces acides gras à courte chaine. 

Métabolisation du tryptophane

Le tryptophane est un acide aminé essentiel provenant des protéines alimentaires. Il est le précurseur de la sérotonine, fameuse hormone du bonheur et de la mélatonine, hormone du sommeil. C’est un régulateur de l’humeur, du sommeil et de l’appétit. Le tryptophane est produit et transformé par certaines bactéries du microbiote. La transformation du tryptophane abouti à la production d’interleukines dont l’action est anti-inflammatoire et protectrice des muqueuses.

Synthèse neurotransmetteurs

Comme nous l’avons vu ci-dessus la sérotonine est fabriquée dans l’intestin à partir du tryptophane. La grande majorité, environ 80 % de la sérotonine est synthétisée dans l’intestin. Une minorité est fabriquée au niveau du cerveau. Elle agit à la fois en tant qu’hormone et neurotransmetteur. Elle a de nombreux effets sur l’intestin, notamment sur le transit et la régularisation des sécrétions digestives. Une carence en sérotonine entraine des états dépressifs. C’est également dans les intestins que la dopamine, neurotransmetteur à l’origine de l’action, la volonté ou encore l’efficacité est fabriquée. Un bon équilibre du microbiote sera donc nécessaire à notre bien-être humoral. Si on souhaite se sentir heureux, notre intestin doit l’être également.

Neutralisation médicaments et toxiques

Un microbiote en bonne santé sera en capacité d’éliminer les toxines. Il a ainsi un rôle de détoxication au même titre que le foie. Il participe à l’homéostasie de l’organisme.

Lien avec le stress et les émotions

Le stress chronique libère du cortisol comme nous l’avons décrit dans l’article https://laurenceguillon-naturo.com/le-stress-et-ses-repercussions-sur-lorganisme/. L’impact que le stress a sur de nombreuses pathologies est maintenant reconnu. Celui-ci modifie la motilité intestinale et la composition bactérienne du tube digestif. Il affecte la perméabilité de la muqueuse, entrainant de l’inflammation. Tous ces bouleversements conduisent à différentes maladies, reflux gastrique, syndrome du côlon irritable, pathologies auto-immunes et baisse du système immunitaire. Les personnes sensibles au stress seront donc beaucoup plus sensibles aux infections.

L’axe cerveau-intestin

Il constitué du nerf vague. En effet, cette connexion neuronale, faite de fibres motrices et sensorielles assure la communication entre les deux. Le nerf vague est en quelque sorte une autoroute constituée de fibres nerveuses reliant le cerveau et les intestins. On trouve davantage de neurones dans les intestins que dans le cerveau. C’est ce qui a donné aux intestins le terme de « deuxième cerveau ». Ceci explique l’influence de l’intestin sur l’état émotionnel de l’individu. La qualité de l’alimentation que nous fournissons à nos bactéries aura ainsi des conséquences sur notre bien-être, https://laurenceguillon-naturo.com/limpact-du-sucre-sur-lorganisme/.

L’évolution du microbiote au cours de la vie humaine

Lorsque le bébé est encore bien au chaud dans le ventre de sa maman, son intestin est stérile. Il ne comporte aucune bactérie. C’est à la naissance que le microbiote va se mettre en place et que le mode d’accouchement aura une influence sur la future qualité de la flore intestinale du bébé. Si le bébé nait par voie naturelle, il sera aussitôt au contact des bactéries vaginales et anales de sa maman. En cas de césarienne, le microbiote se formera différemment et s’implantera plus tardivement. C’est pourquoi, on suggère au sein de plus en plus de maternité de badigeonner le visage du bébé avec une compresse imbibée de la flore vaginale de la maman. Ainsi en très peu de temps bébé bénéficiera d’un microbiote de qualité. Le mode d’allaitement aura également un impact important. En effet le lait maternel est non seulement parfaitement adapté aux besoins de bébé mais il est également enrichi en bonnes bactéries. Celles-ci auront un rôle précieux dans son développement. Le lait maternel contient plus de 300 sortes de bactéries différentes. C’est le meilleur prébiotique qui puisse exister. Le microbiote de l’enfant mettra environ 3 ans à se diversifier et à se constituer. 

Puis le microbiote se développera et se stabilisera à l’âge adulte, sauf perturbations dues à différents facteurs, stress, prises excessives d’antibiotiques ou autres médicaments… 

Enfin chez la personne âgée, le microbiote s’appauvri fréquemment suite à des modifications alimentaires, prises de médicaments, altération de la composition du mucus ou changements physiologiques digestifs, amenant à une baisse d’immunité.

Les différentes flores

On distingue la flore de fermentation et la flore de putréfaction. 

La flore de fermentation 

Elle a lieu dans la deuxième partie de l’intestin grêle jusqu’au côlon transverse. C’est là que sont fermentés les glucides complexes et les fibres. Cette opération donne naissance aux acides gras à courtes chaines et notamment au butyrate. Ce substrat est l’aliment de prédilection des cellules du côlon, dont nous avons parlé précédemment. Ces fermentations dégagent des gaz non odorants et empêchent le développement des pathogènes. La flore de fermentation est donc une flore protectrice. Ce processus a lieu en milieu acide. 

La flore de putréfaction

Au niveau du côlon descendant se trouve la flore de putréfaction. C’est à ce niveau que l’on retrouve les protéines non digérées. Soit le repas a été trop riche en protéines, rappelons que le corps ne sait pas stocker les protéines, soit il y a eu défaut de mastication. La putréfaction a lieu en milieu alcalin, dégage des gaz malodorants et favorise les bactéries pathogènes. En excès, elle irrite le côlon et forme des substances toxiques pour le foie. Chaque flore doit rester à sa place. Il est essentiel de manger suffisamment de fibres et de ne pas faire de repas trop riches en protéines. Dans le cas inverse, la flore de putréfaction se développe et remonte dans l’intestin grêle dans un milieu acide qui ne lui convient pas. Cela occasionne, outre un déficit en microbiote protecteur, ballonnements, mauvaise haleine et autres météorismes.

L’alimentation

Vous l’aurez compris, l’alimentation a un rôle primordial pour l’équilibre de notre flore. Des études ont montré que nos anciens avaient des microbiotes plus diversifiés que les nôtres. En effet, l’alimentation actuelle, souvent raffinée et industrielle, trop riche en sucre et gras saturés et appauvrie en fibres, ne convient pas à nos hôtes. Ils sont donc en incapacité de nous protéger des pathogènes. La révolution alimentaire a été si rapide que notre flore n’a pas eu le temps de s’adapter et ne sait pas reconnaitre cette nourriture. Certes nous vivons plus vieux statistiquement, mais en revanche, en moins bonne santé. Les maladies chroniques sont souvent le résultat d’un microbiote appauvri. Pour conserver une bonne santé physiologique et psychologique, il est donc nécessaire de revenir à une alimentation biologique, saine, vitalogène et naturelle. Privilégier les aliments complets riches en fibres, les fruits, les légumes et les bons acides gras.

Les probiotiques

Ce sont tout simplement les bactéries qui rappelons-le sont nos hôtes et qui régulent l’ensemble de notre corps. Le Docteur Haddad parle même d’une intelligence naturelle. Il assimile le microbiote à un sens, au même titre que nos cinq sens. Ce serait même pour lui le premier sens. Nous possédons un socle commun de bactéries ainsi que d’autres propres à chacun. Elles sont comme nous l’avons vu ci-dessus fort nombreuses. On les classe par classe/famille/genre/espèces et souches. Chaque souche possède des propriétés différentes. Les bactéries bénéfiques sont essentiellement des bactéries lactiques. Il n’est pas forcément simple de conseiller des probiotiques car il n’existe pas d’étude démontrant les preuves d’efficacité. On sait qu’il faut prendre un minimum de 5 souches et qu’elles doivent être dosées à au moins 10 Milliard. Les capsules doivent être gastro-résistantes pour échapper à l’acidité de l’estomac.

Lorsque nous mangeons, nous mangeons en réalité pour deux, pour nous et notre microbiote. Nos bactéries se nourrissent de prébiotiques.

Les prébiotiques

Nous ne possédons pas d’enzymes pour digérer les fibres, appelées aussi sucres complexes. Par contre ces mêmes fibres régalent nos hôtes. C’est ainsi qu’une alimentation riche en fibres est indispensable pour favoriser la croissance de nos bactéries et assurer notre protection. Ces fibres arrivent donc non digérées dans le côlon pour y être fermentées et conduire à la production d’acides gras à chaîne courte. Elles augmentent ainsi les bactéries bénéfiques, acidifient le côlon, favorisent le transit et l’absorption de minéraux comme le calcium et le magnésium. Elles agissent de fait sur l’ensemble de notre organisme. De nombreux aliments sont riches en fibres non assimilables comme la chicorée, le poireau, l’ail, l’oignon, l’artichaut, l’asperge, la coriandre, la cannelle ou encore la banane. L’alimentation doit donc être suffisamment riche en végétaux. Si la personne n’a pas l’habitude d’ingérer des fibres, les inclure très progressivement, afin d’éviter ballonnements et maux de ventre. Consommer des prébiotiques stimulera donc notre microbiote. Autant il n’y a pas de preuves scientifiques établies en ce qui concerne les probiotiques, autant les prébiotiques ont prouvé leur efficacité.

Les symbiotiques

Il existe des compléments alimentaires associant probiotiques et prébiotiques. On les appelle des symbiotiques.

Conclusion

Il nous est donc impossible de vivre sans nos bactéries. Nous leur offrons le gite et le couvert, encore faut-il qu’ils soient de qualité. Elles nous procure en contrepartie leur protection. Nous avons le devoir de tout mettre en œuvre pour que ce fragile équilibre puisse se maintenir et contribuer à notre santé physique et psychique.