perturbateurs endocriniens laurence guillon

Comment se protéger des perturbateurs endocriniens

Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien

La définition d’un perturbateur endocrinien est encore à ce jour l’objet de nombreux débats. Cependant la plus communément admise est celle de l’OMS que je vous transmets ci-dessous : 
« Un perturbateur endocrinien (PE) désigne une substance, ou un mélange qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)-populations ».

Les perturbateurs endocriniens sont souvent des mélanges d’adjuvants et de principes actifs, sachant que l’adjuvant est souvent le plus dangereux. Ils sont extérieurs à l’organisme et y pénètrent par les voies respiratoires, digestives ou cutanées…  Mais aussi au travers de certains dispositifs médicaux, in utéro et au travers de l’allaitement.

Les perturbateurs endocriniens sont donc des substances qui dérèglent notre fonctionnement hormonal appelé aussi endocrinien. De fait toute une série de processus risquent d’être altérés. Le métabolisme, la reproduction, la croissance, la nutrition, l’immunité, le système nerveux, les comportements ou encore le développement in utéro du futur bébé.

Avant d’aller plus loin regardons de plus près ce système. 

 

Le système endocrinien

Le système endocrinien est constitué de plusieurs glandes, l’hypothalamus, l’hypophyse, la thyroïde, les ovaires, les testicules, les surrénales, le pancréas… Ces dernières synthétisent des hormones. Le mot hormone vient du grec « hormon » qui veut dire exciter. Le rôle des hormones est en effet de stimuler, contrôler et réguler l’ensemble des fonctions de l’organisme. Ce sont des messagers chimiques qui transportent des informations essentielles au bon fonctionnement des organes et des cellules cibles.  

Les hormones se trouvent en très petites quantités dans le sang. En revanche elles ont des effets très puissants. En effet dès que leur concentration varie quelque peu, il y a retentissement sur l’organisme.

Une fois que l’hormone est libérée dans l’organisme, elle circule dans le sang pour aller délivrer son message. Pour que celui-ci soit reçu par la cellule, des récepteurs situés à la surface ou à l’intérieur de la cellule vont capter ce message, le délivrer au noyau et déclencher des réactions spécifiques.  

Le système endocrinien est intimement lié au système nerveux car l’hypothalamus logé dans le cerveau est le chef d’orchestre du système endocrinien. D’autre part le tissu nerveux est un organe cible des hormones endocriniennes. On comprendra donc que les perturbateurs endocriniens auront aussi des conséquences sur le système nerveux.  

Quelles sont les actions des perturbateurs endocriniens

Nous avons vu ci-dessus comment fonctionne une hormone. Étant donné que le perturbateur endocrinien va mimer l’action de l’hormone, il l’empêchera de se fixer à son récepteur bloquant ainsi la transmission de son message et le déclenchement des réactions spécifiques. Il gênera également le transport des hormones, leur synthèse, leur régulation, leur mode d’action ou encore leur dégradation. Le système hormonal ne jouant plus son rôle de régulation, cela entrainera des réactions inappropriées au sein de l’organisme et des conséquences délétères sur la santé. 

Entre autres observée depuis maintenant quelques années une augmentation significative des cancers dits hormonaux dépendants, sein et prostate. Mais aussi des maladies comme l’obésité et le diabète de type 2. Et encore des malformations génitales, une baisse de la spermatogénèse chez les garçons et des pubertés précoces chez les filles.

Quels sont les principaux perturbateurs endocriniens et ou les trouve-ton ?

Ils sont omniprésents dans de nombreux produits ou objets de notre vie quotidienne. On les retrouve dans notre alimentation mais aussi dans l’eau que nous buvons et dans l’air que nous respirons. Il est par conséquent impossible d’y échapper.

Les bisphénols A

Vous pouvez les trouver dans les plastiques alimentaires ou non alimentaires, contenants plastiques, biberons, jouets pour enfants, composites dentaires, cannettes aluminium ou encore boîtes de conserves. Lorsque le bisphénol chauffe au micro-ondes il passe dans l’aliment. Le bisphénol A possède la capacité de mimer les œstrogènes accentuant ainsi les effets cancérigènes notamment sur le sein et la prostate, l’obésité, le diabète, la dépression … et impactant la reproduction.

Les phtalates

Avec les parabènes ils sont considérés à ce jour comme particulièrement nocifs. On les trouve dans les jouets, cosmétiques, emballages alimentaires, rideaux de douche, faux cuirs, vinyles, parfums, produits hospitaliers … Ces substances ont également un effet mimétique sur les œstrogènes et sur les hormones thyroïdiennes hypothyroïdie et hyperthyroïdie. Sous l’effet de la chaleur elles sont transmises du contenant au contenu.

Les parabènes

Ils sont utilisés comme conservateur dans les savons, cosmétiques, produits d’hygiène ou encore dans l’industrie agro-alimentaire. Ils ont la faculté de perturber le système endocrinien favorisant le cancer du sein, le système reproductif et des réactions cutanées comme des allergies.

Le téflon

Il se trouve dans les poêles et ustensiles de cuisine, emballages alimentaires, vêtements imperméables ou certains produits cosmétiques. Ces composés sont également cancérigènes, ont un impact sur le système nerveux, sur le développement fœtal ou encore sur le cholestérol.

Les PBDE ou polybromodiphénylethers

Ce sont les retardateurs de flammes que l’on trouve partout dans les voitures, tissus, revêtements, mobiliers, matelas … Leur forme chimique ressemble de près à la thyroxine hormone thyroïdienne. Ils perturbent donc le fonctionnement thyroïdien. Ils peuvent aussi avoir des impacts délétères sur le système cognitif, la spermatogénèse et les ovaires.

Les pesticides

On regroupe sous ce terme les fongicides, herbicides, et insecticides. Roundup, glyphosate, DDT, DDE … produits tristement célèbres. La France est un des plus grands consommateurs de pesticides dans le monde. Ils peuvent avoir des conséquences graves sur la santé, malformations fœtales, infertilité, cancers … La maladie de Parkinson est par ailleurs reconnue depuis 2012 comme maladie professionnelle chez les agriculteurs exposés régulièrement aux pesticides.

Aures inconvénients des pesticides

L’utilisation des pesticides entraine une déperdition des micronutriments. Par exemple les nitrates détruisent la vitamine C et l’acide propionique utilisé dans les pesticides détruit environ 90 % de la vitamine E, antioxydante.

Les dioxines

Issues des incinérateurs de déchets, ils se retrouvent dans l’environnement et s’accumulent dans les graisses animales avec des conséquences sur le système immunitaire, reproducteur, hormonal … et favorisent les cancers.

Le triclosan

On le trouve dans des produits de soin type savon, produits de rasage, anti-acnéiques, déodorants, dentifrices, démaquillants … Il mime les hormones thyroïdiennes et impacte foie et voies respiratoires.

Les PCB ou polychlorobiphényles

Ils sont présents dans les peintures, adhésifs, isolants électriques … Ces derniers ont largement contaminé les sols et malgré leur diminution on en trouve encore dans les tissus gras de nombreuses espèces animales et aquatiques car ce sont des molécules liposolubles. Les PCB sont cancérigènes, ont des conséquences sur la reproduction et la grossesse, le système digestif, nerveux

Les métaux lourds

Le plomb présent dans la peinture, les câbles, le matériel électronique, certains bijoux, et ses conséquences sur le système nerveux et la fertilité. 

Le cadmium retrouvé dans les cigarettes. Attention à l’association pilule + cadmium très délétère à l’organisme. 

Et le mercure qui va se loger dans les tissus thyroïdiens, le cerveau, les reins et impacte le développement fœtal …

Les alkylphénols

Vous les trouverez dans les peintures, pesticides, colorants capillaires, détergents, lingettes, cosmétiques ou encore spermicides. Eux aussi miment les œstrogènes conduisant à des problèmes de fertilité ou d’anomalies comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques et de développement.

L’hydroxyanisol et le butylhydroxytoluène

Ce sont des antioxydants utilisés dans certains produits alimentaires type margarines, soupes, céréales, viandes … et aussi dans des produits cosmétiques gras, rouges à lèvres, crèmes, produits hydratants … Ils imitent encore les œstrogènes augmentant les risques de cancers, ils sont toxiques pour le foie, les reins et la peau.

Les caractéristiques des perturbateurs endocriniens

Ce sont des molécules stables.

De fait les doses s’accumulent. Leur durée de vie est très longue.

Ils n’ont pas le même impact selon le moment de la vie où il est absorbé

En effet, les impacts différents selon l’âge et les périodes d’exposition. Les périodes les plus vulnérables sont les phases embryonnaire et fœtale et l’enfance. Lorsqu’on est exposé dans le ventre de sa maman les conséquences sont beaucoup plus impactantes. La puberté riche en changements hormonaux est également une période sensible et les conséquences peuvent s’avérer irréversibles.

Ce sont des molécules lipophiles

C’est-à-dire qu’elles sont solubles dans les graisses. Nos membranes cellulaires étant composées d’une bicouche de graisses, il leur est donc très facile de pénétrer dans nos cellules.

Il suffit d’une faible dose pour être impactée

Les effets sont non proportionnels à la dose, c’est-à-dire qu’une exposition à une faible dose peut impacter bien plus que des doses plus importantes. Cela va à l’encontre de la célèbre phrase de Paracelse, médecin suisse du 16 siècle qui disait « c’est la dose qui fait le poison ».

Les conséquences ne sont pas immédiates

Il y a le plus souvent un temps de latence entre l’ingestion et les effets provoqués. Ils peuvent également impacter jusqu’à plusieurs générations

L’effet cocktail

On peut aussi se poser la question de possibles effets « cocktail » sur l’organisme. Les perturbateurs endocriniens échappant aux lois habituelles d’impact toxicologique comme nous l’avons vu ci-dessus.

Qu’en est-il de la législation

Tous ces modes d’action rendent la législation compliquée à mettre en place. Celle-ci devrait tenir compte de la différence entre les perturbateurs endocriniens et les autres toxiques, ce qui n’est malheureusement pas encore le cas. Les scientifiques ne sont toujours pas d’accord en raison de la complexité de ces modes d’action. Les réactions seront en effet différentes selon les systèmes et les organes impactés. Elles s’observent souvent plusieurs années après l’impact et il faut tenir compte de l’effet cocktail pour lequel on manque encore de recul. Si le sujet de la législation vous intéresse.

Comment limiter notre exposition aux perturbateurs endocriniens

L’alimentation

Favoriser une alimentation biologique surtout les fruits et légumes. Éviter tout aliment préparé et industriel, sous emballages plastiques. Limiter la consommation des gros poissons gras type saumon et thon à une fois par mois et préférer les petits poissons gras, sardines, maquereaux, harengs… Diminuer la consommation de produits animaux, viandes, gluten et produits laitiers. Favoriser les aliments riches en vitamine B9 (légumes verts, légumineuses…)

Préférer les bouteilles d’eau en verre et laisser l’eau du robinet reposer une journée pour aider à l’évaporation du chlore. Ne pas boire de boissons issues de canettes ni d’aliments provenant de boites de conserve. Utiliser des biberons en verre pour bébé. Ne pas boire de boissons chaudes dans des tasses en plastique. 

Cuisiner des produits frais. Bannir le micro-ondes. Cuisiner dans des ustensiles en acier inoxydable, éviter le téflon. Utiliser des récipients en verre. 

Les cosmétiques

Utiliser au maximum des produits biologiques ou fait maison à base d’huiles végétales, d’eau florales et d’huiles essentielles … Les savons doux ou encore l’aloe vera. Limiter l’usage des vernis à ongle, des parfums et des crèmes solaires. Préférer les colorations végétales pour les cheveux. 

Et aussi …

Lire les étiquettes pour éviter au maximum les parabènes, triclosan ou phtalates. Évacuer tout appareil électronique de la chambre à coucher. Aérer quotidiennement son appartement. Éviter de se promener pendant les périodes d’épandage dans les campagnes. Limiter l’usage de produits d’entretien et favoriser l’utilisation du vinaigre blanc. Laver les vêtements neufs avant de les porter. Choisir un matelas en pure laine. Préférer le parquet à la moquette. Limiter l’usage d’insecticides … Éviter les jouets en plastique dans les bains des enfants.

Conclusion

Comme vous avez pu le constater les perturbateurs endocriniens sont partout. Étant donné leurs modes d’actions particuliers et la législation actuelle il est impossible d’y échapper. En revanche on peut avec un peu de bon sens limiter l’exposition et protéger sa santé. Les naturopathes sont là pour vous accompagner dans cette démarche de protection, n’hésitez pas à les consulter.

En aucun cas les informations et les conseils proposés ici ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé